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SYNTHESE
La science ouverte est une nouvelle façon de faire de la recherche, rendue possible par les techniques numériques, qui s’applique à toutes les étapes du processus scientifique et concerne aussi bien les résultats que les outils et les méthodes de la recherche. Elle vise à en améliorer la qualité autant que l’efficacité et comporte des enjeux majeurs pour le chercheur et pour la société.
Au premier, elle peut permettre de regagner la maîtrise de la communication scientifique, de bien gérer les données qu’il produit et de bénéficier d’infrastructures interopérables qui fluidifient le cycle de la recherche.
À la société, la science ouverte propose des interactions renforcées avec la recherche par le biais des méthodes participatives et des ressources éducatives libres.
Historiquement, elle a d’abord pris la forme d’un mouvement pour l’accès ouvert aux publications scientifiques qui s’est étendu à l’ensemble du processus scientifique dans les années 2010.
Elle constitue un axe structurant du programme-cadre de l’Union européenne pour la recherche. La France a inscrit dans la loi pour une République numérique des dispositions pour l’accès ouvert et pour la fouille de données, puis s’est dotée en 2018 d’un Plan national pour la science ouverte.
Les bibliothèques universitaires, entendues ici comme les bibliothèques de l’enseignement supérieur et de la recherche, ont soutenu ce mouvement dès la création de l’archive ouverte HAL. Dans sa première phase, elles se sont principalement efforcées de sensibiliser les chercheurs et la gouvernance de leur établissement à l’accès ouvert ainsi que de promouvoir et gérer les services permettant le signalement et le dépôt des publications. L’extension du mouvement à l’ensemble de la démarche scientifique a conduit les bibliothèques à diversifier leurs modalités d’appui aux chercheurs.
Les bibliothèques universitaires sont fortement investies dans le développement de la science ouverte aussi bien au niveau européen, via la Ligue européenne des bibliothèques de recherche notamment, que national, à travers les collèges du Comité pour la science ouverte et les groupes de travail spécifiques des associations professionnelles, et local, au sein de leur institution.
L’enquête menée par la mission montre que plus de 88 % des bibliothèques relevant d’un établissement qui s’est doté d’une politique de science ouverte ont été associées à la définition et à la mise en œuvre de cette politique.
Parmi les 70 bibliothèques qui ont répondu, 90 % informent et forment les chercheurs et les doctorants à la science ouverte, mais aussi leurs personnels, et presque autant administrent une archive ouverte.
Plus de la moitié (55,7 %) aident à la rédaction de plans de gestion des données et plus encore à l’obtention d’identifiants (71,4 %) ou donnent des conseils juridiques autour de la publication (62,8 %). Ces résultats convergent avec ceux établis par une étude internationale d’OCLC qui a analysé les activités développées par les bibliothèques autour des contenus ouverts.
En revanche, les bibliothèques françaises se sont moins engagées dans la publication numérique et la bibliométrie et n’adaptent pas forcément leur politique documentaire à l’accès ouvert pour lequel il faut cependant dégager des financements. Il est délicat d’évaluer les ressources humaines consacrées à la science ouverte par les bibliothèques universitaires en l’absence de définition claire des « services d’appui à la recherche ».
Il est toutefois certain que ces fonctions échoient très majoritairement à des agents de catégorie A alors qu’ils ne constituent que 27 % des emplois en bibliothèque universitaire et que les efforts de redéploiement et de requalification de postes opérés par celles-ci sont limités par la faiblesse historique des effectifs des bibliothèques françaises et la persistance des missions relatives aux étudiants. Elles doivent pouvoir s’appuyer sur une volonté politique ferme et une stratégie d’établissement claire, assortie de moyens permanents.
Ces évolutions passent assurément par un décloisonnement des métiers et une mise en synergie des bibliothécaires et des chercheurs dans des équipes de recherche mixtes. Elles seraient aussi facilitées par la création de guichets de services adaptés aux objectifs de l’établissement, qui structurent l’appui aux chercheurs pour la science ouverte non seulement à l’échelon de la bibliothèque, qui peut en être le coordinateur, mais à celui de l’établissement, dans une approche orientée « chercheurs ». Outre des réorganisations, le développement de ces services implique l’acquisition par les personnels de bibliothèque de nouvelles compétences, en lien, en particulier, avec les données de la recherche, axe du Plan national sur la science ouverte sur lequel la France a moins avancé.
Les bibliothèques peuvent adopter sur ce sujet une approche disciplinaire, comme pour les acquisitions de documents ou le renseignement et la formation 6 bibliographiques. Cette granularité de service suppose toutefois des moyens à inscrire dans le projet de l’établissement.
Le changement de paradigme qui sous-tend l’accès ouvert remet en cause la politique et le budget documentaires des bibliothèques universitaires. Les dépenses de documentation et de publication sont de plus en plus imbriquées. Or, l’intégration technologique des chaînes de production et de diffusion des articles et ouvrages scientifiques ouvre la possibilité que les bibliothèques universitaires jouent un rôle nouveau dans l’élaboration d’un modèle économique pour l’édition scientifique qui constitue une véritable alternative au modèle auteur-payeur.
Cependant, la fonction éditoriale ne peut se développer que par une mutualisation des moyens au sein d’un pôle éditorial de proximité à l’échelle du site dont la bibliothèque pourra être partie prenante dans son champ de compétences.
Les interactions entre science et société sont amenées à s’amplifier dans le cadre de la science ouverte et les bibliothèques universitaires auront à développer leurs actions de médiation pour expliquer la démarche scientifique et les façons dont les citoyens peuvent y contribuer. Elles ont en outre déjà produit de nombreuses ressources éducatives mises en ligne à disposition de tous.

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